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Un développeur a cloné Photoshop avec l'IA : qu'est-ce qui protège encore ton travail ?
Début octobre 2026, un développeur a publié un clone open source de Photoshop, écrit en Rust, qui ouvre de vrais fichiers PSD. Ce n'est pas une anecdote de codeur. C'est la première marche d'une échelle que l'IA grimpe vite, et tout en haut, il y a une question que tu devrais te poser sur ton propre travail.
Un développeur a re-créé Photoshop en open source (PhotoCraft), et Anthropic a montré que l'IA pouvait moderniser le COBOL, ce langage qui fait tourner l'essentiel des systèmes de paiement. Le point commun : l'IA sait désormais lire un logiciel et le reconstruire. Ce qui ne se copie pas, c'est la matière, le temps, le droit et la vitesse. Et toi, ce qui te protège au travail relève souvent de la même logique : ce que tu fais n'est précieux que tant que c'est pénible à reproduire. La question, c'est de savoir si ce rempart est réel.
Un seul développeur a-t-il vraiment cloné Photoshop ?
Oui, et le projet est public. PhotoCraft se présente comme une réécriture « clean-room » de Photoshop, écrite en Rust, et elle lit de vrais fichiers PSD. Calques, masques, calques de réglage, styles de calque, texte, vectoriel, pinceaux : la liste couvre l'essentiel de ce qu'on fait tous les jours dans l'outil d'Adobe. Elle fait partie d'une suite plus large, ArtCraft, qui aligne sept clones d'applications Adobe, tous bâtis avec l'aide d'une IA.
Le projet est encore en alpha. Le suivi des bugs compte plusieurs centaines de tickets ouverts, certains fichiers PSD ne s'ouvrent pas, un document de trente-deux calques peut faire planter l'application. Ce n'est pas prêt à remplacer Photoshop dans une agence.
Mais le point n'est pas qu'il soit fini. C'est qu'une seule personne, assistée par une IA, a reproduit en quelques semaines le cœur de ce qu'une équipe d'ingénieurs a construit en des décennies. Adobe n'a pas été « détruit », personne n'a supprimé des emplois du jour au lendemain. Ce qui a bougé, c'est plus profond : la frontière entre « ce qui est protégé » et « ce qui est copiable » vient de reculer d'un cran.
Pourquoi le COBOL est le prochain sur la liste ?
Le 23 février 2026, Anthropic a publié un article intitulé « How AI helps break the cost barrier to COBOL modernization ». Le COBOL, c'est ce langage des années 1950 sur lequel tournent encore l'essentiel des systèmes de paiement, de transaction bancaire et de back-office dans le monde. Il est vieux, il est partout, et presque plus personne ne veut y toucher.
Ce qui protégeait le COBOL n'a jamais été sa qualité. C'était la pénibilité : rares sont les développeurs qui le lisent encore, et moderniser un système COBOL coûtait des années et des fortunes. Le jour où Claude Code peut le lire et le moderniser « en trimestres plutôt qu'en années », ce rempart tombe. Le marché a compris très vite : le cours d'IBM a chuté de 13 % dans la journée, soit une trentaine de milliards de dollars de capitalisation.
Remarque ce que Photoshop et le COBOL ont en commun. Ni l'un ni l'autre n'était protégé par une supériorité technique inatteignable. Ils étaient protégés par la difficulté à les reproduire. C'est précisément cette difficulté que l'IA dissout, partout où elle existe.
Qu'est-ce qui ne se copie pas, alors ?
Imagine une échelle de lisibilité. Tout en bas, ce qui est écrit : un logiciel, un code source, un fichier. L'IA le lit et le reconstruit. Un cran au-dessus, le COBOL que personne ne documentait plus. Encore au-dessus, les jeux vidéo, puis la puce électronique. Tout en haut, le savoir que personne n'a jamais écrit : celui qui vit dans les gestes, les réflexes, les décisions prises sous pression, l'expérience transmise de main à main.
L'IA grimpe cette échelle, et vite. Mais il y a des choses qui, par nature, ne se lisent pas et ne se rejouent pas. Elles tiennent en quatre mots.
La matière : ce qui occupe un lieu, un corps, un contact réel. Le temps : ce qui doit vieillir et se mériter, comme la confiance — on ne clone pas dix ans de relation avec un client. Le droit : la responsabilité, la signature, le fait de répondre de ses actes. La vitesse : être le premier, trancher dans l'incertitude, au moment où ça compte et sans filet.
Plus ton travail repose sur ces quatre piliers, moins l'IA peut le lire et le rejouer. Plus il repose sur la pénibilité — la tâche fastidieuse que personne n'a envie de faire —, plus il est exposé. Ce n'est pas une question de métier, c'est une question de composition.
Qui paie la note quand un logiciel devient copiable ?
Le premier à payer, ce n'est pas forcément celui qu'on imagine. C'est celui qui monnayait la pénibilité : le vendeur de matériel verrouillé par son logiciel, le péage de la maintenance à la manière de VMware, les ESN qui facturent cher l'intégration de systèmes que plus personne ne comprend, les plateformes no-code qui verrouillent leurs clients.
Et, moins visible, ceux qui ont prêté à tous ces acteurs. La Banque des Règlements Internationaux (BRI) a consacré un encadré entier à ce risque en mars 2026. Elle y montre que les BDC — ces véhicules cotés de crédit privé — ont prêté plus de 100 milliards de dollars aux seuls éditeurs de logiciels, soit près d'un cinquième de leurs encours, et que ces prêts sont tarifés comme si l'IA n'existait pas.
Le jour où le péage disparaît, c'est le percepteur qui a un problème, avant même le client. Et c'est une leçon qui dépasse le logiciel : à chaque fois qu'une valeur repose sur la difficulté à copier, la disparition de cette difficulté ne profite pas d'abord à ceux qui la subissaient.
As-tu le droit de décompiler le logiciel de ton entreprise ?
Ici, une bonne nouvelle, et elle est européenne. Depuis 1991, une directive autorise la décompilation d'un programme d'ordinateur pour le rendre interopérable avec d'autres logiciels ou du matériel. Elle a été codifiée en 2009 sous la référence 2009/24/CE. Concrètement, cela veut dire que tu peux, dans certaines limites, décompiler un logiciel pour le faire dialoguer avec un autre, sans être en faute.
Je ne suis pas avocat, et ceci n'est pas un conseil juridique. Mais c'est un levier réel dans une négociation avec un éditeur. La question n'est plus « je suis coincé avec ce logiciel », c'est « est-ce que je le suis vraiment ? ». Et la réponse a changé plus vite que la plupart des contrats qui te lient à lui.
Qu'est-ce qui, dans ton travail, n'est protégé que par la pénibilité de la copie ?
Voilà la vraie question, et elle te concerne directement. Si la valeur de ton poste tient au fait que tu fais une chose fastidieuse que personne n'a envie de faire, l'IA est en train de la rendre copiable — exactement comme elle a rendu Photoshop et le COBOL lisibles. Si elle tient à la matière, au temps, au droit ou à la vitesse, tu es sur du solide, et la question devient : comment faire peser encore plus de poids sur ces piliers.
Ça ne se lit dans aucun article, et aucun chiffre national ne répondra pour toi. Ça se calcule, à partir de la composition réelle de tes semaines : quelle part de ton temps part dans du traitement d'information répétitif et numérique, et quelle part demande de la présence, de l'arbitrage, de la responsabilité ou de la relation. C'est exactement ce que mesure le diagnostic, en douze questions, avec un score sur cent et le détail de ce qui t'expose et de ce qui te protège dans ton poste précis.
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Questions fréquentes
Un développeur a-t-il vraiment cloné Photoshop ?
Oui. PhotoCraft est une réécriture open source de Photoshop, écrite en Rust, qui lit de vrais fichiers PSD. Encore en alpha, elle fait partie d'une suite de sept clones d'applications Adobe.
Qu'est-ce que le COBOL a à voir avec mon métier ?
Le COBOL fait tourner l'essentiel des systèmes de paiement. Protégé par la pénibilité de sa modernisation, il devient copiable depuis qu'Anthropic a montré que l'IA peut le moderniser en trimestres plutôt qu'en années. C'est la même logique que le clone de Photoshop.
Qu'est-ce que l'IA ne peut pas copier ?
La matière, le temps, le droit et la vitesse. Ce qui occupe un lieu et un contact, ce qui doit mûrir, ce qui engage une responsabilité, et ce qui se joue dans l'instant et l'incertitude.
Comment savoir si mon travail est protégé ou exposé ?
En regardant la composition de tes semaines : la part de traitement répétitif d'information face à la part de présence, d'arbitrage, de responsabilité et de relation. C'est ce que mesure le diagnostic, en 12 questions et 10 minutes.
Écrit par Amine Lounnas
AI business analyst depuis cinq ans dans des grands groupes du CAC 40 — banque, assurance, énergie. Certifié DPO et CIPP/E. Mon métier consiste à identifier quelles tâches une entreprise peut automatiser ; ce site retourne cette méthode vers les salariés.
Sources
- PhotoCraft (GitHub) — réécriture open source, dite « clean-room », de Photoshop, écrite en Rust.
- Anthropic, « How AI helps break the cost barrier to COBOL modernization », 23 février 2026.
- Banque des Règlements Internationaux (BRI), « Private credit's software lending meets AI disruption », mars 2026.
- Directive 2009/24/CE — protection juridique des programmes d'ordinateur, dont la décompilation pour interopérabilité.